vendredi 30 juin 2017

Bilan du mois de juin 2017

Ce mois de juin fut riche en bonnes surprises. J'ai eu un coup de cœur pour une bande dessinée en quatre volumes :

 

J'ai lu un diptyque que je qualifierais d'excellent :
     
     

J'ai passé un très bon moment avec ce roman :


Et j'ai lu une romance agréable :
 

mardi 27 juin 2017

Aeternia, tome 2 : "L'envers du monde", Gabriel Katz

448 p., Pocket, novembre 2016

Quatrième de couverture :

À Kyrenia, la guerre de religion fait rage. Et tous les coups sont bons pour établir son emprise sur la ville du savoir et de la culture qui connaît ses plus sombres heures. Un duel dans l’arène devait pourtant mettre fin au carnage et instaurer un des deux cultes au frontispice de Kyrenia. Le Corbeau contre Leth Marek, le culte de la Grande Déesse et celui d’Ochin ont leur champion respectif. Du moins avaient. Car Leth est assassiné. C’est Desmeon qui mettra sa hache et ses talents guerriers au service du Prophète. Mais avant que ne débute l’ultime combat, les stratagèmes et les ambitions de chacun vont faire régner le chaos et la loi du sang.


Mon avis :

Attention, si vous n’avez pas lu le premier tome de ce diptyque, la chronique ci-dessous vous en dévoile des éléments.

« L’envers du monde » débute exactement là où « La marche du prophète » s’était arrêtée. Desmeon et Nessyria découvrent que Leth Marek a été assassiné. Mais nous avons une longueur d’avance sur eux, puisque nous connaissons l’identité de l’auteur de ce crime, ce qui va nous apporter une vision tout autre, et particulièrement intéressante, de celle des personnages concernant les éléments qui se déroulent au fil des pages. Le héros du tome 1 n’étant plus, c’est Desmeon, un ancien gladiateur aussi connu sous le pseudonyme du Danseur, qui va le remplacer. Il va y avoir énormément de choses qui vont se passer dans ce tome, dont un rapprochement qui s’opère entre notre personnage principal et une jeune femme répondant au nom de Synden. Desmeon, qui était plutôt un joli cœur jusque-là et qui jouait avec les sentiments des dames, ne pensant qu’à son plaisir, va s’attacher à elle et ils vont développer une belle relation. Cette ancienne prostituée détient des informations dont elle ne devrait pas avoir connaissance, et celles-ci pourraient remettre en cause beaucoup de choses, ce qui la met par conséquent en danger, car cela fait d’elle une menace potentielle. N’oublions pas Nessyria, l’amie fidèle et bienveillante de Desmeon présente tout au long du roman. Le culte d’Ochin et celui de la Grande Déesse continuent de s’affronter, le sang coule, de nombreux massacres sont perpétrés, et ces deux clans sont prêts à tout pour que leur religion soit prédominante.

J’ai été vraiment ravie que l’accent soit mis sur Desmeon dans ce tome, car il était mon personnage préféré dans le premier opus de ce diptyque. Il a beaucoup d’humour et de répartie, et m’a plus d’une fois fait franchement rire, ce qui apporte un peu de souffle à ce récit assez sombre dans les thèmes qu’il aborde : guerre de religion, massacres, etc. C’est également un personnage lumineux dans sa relation avec les autres — comme Nessyria ou Synden —, mais aussi avec le chien dont il s’occupe depuis le premier tome. On va le découvrir davantage, et au fur et à mesure, il va briser sa carapace. En effet, s’il s’agissait au début d’un homme qui fanfaronnait, on se rend compte que c’est un individu profond. On retrouve des personnages croisés dans le premier opus, mais on fait aussi la connaissance de nouveaux, tous très intéressants.

L’intrigue est très bien construite. L’auteur nous amène à nous poser plein de questions au cours de notre lecture. Par exemple, il pousse sa démonstration sur l’éventuelle dangerosité de la religion lorsque celle-ci est entre de mauvaises mains. Les hommes sont prêts à tout pour leur dieu, mais certains se servent de ces croyances pour manipuler d’autres individus. Cela nous renvoie à une réelle réflexion sur le sujet. Par ailleurs, il nous fait parfois tourner en bourrique — pour notre plus grand plaisir, il faut bien le reconnaître. On se demande jusqu’où les choses vont aller, quel sera le fin mot de l’histoire qu’on ne découvre qu’en tournant la dernière page… Et la fin… Quelle fin ! J’ai été vraiment ébahie par ce que l’auteur a imaginé, c’était aussi génial qu’inattendu.

La plume de Gabriel Katz est un régal. C’est très bien écrit, ça se lit tout seul, c’est super fluide, et réellement intéressant. Il nous embarque, nous prenant par la main et ne nous lâchant pas. Il nous fait entrer dans son univers et rend son roman très addictif à tel point que l’on veut connaître la fin. Le monde né de son imagination est très riche et plein de rebondissements, mais on se n’y perd pas pour autant. Le premier tome était excellent, celui-ci est dans la lignée : ceux qui ont apprécié le premier aimeront également le second, mais de toute façon, vu la façon dont se clôt « La marche du prophète », on a envie, voire besoin, de se plonger dans la suite. La sauce prend à merveille. Je découvrirai avec grand plaisir d’autres livres de Gabriel Katz, et je compte d’ailleurs lire l’ensemble de sa bibliographie. 

mardi 20 juin 2017

Aeternia, tome 1 : "La marche du prophète", Gabriel Katz

448 p., Pocket, septembre 2016

Quatrième de couverture :

Leth Marek se retire invaincu des arènes de Morgoth après des années de combats, de triomphes et de gloire. Le gladiateur a décidé d’emmener ses fils à Kyrenia — cité du savoir et de la culture — pour leur offrir l’éducation à laquelle il n’a pas eu droit. Mais sa route croise celle d’un culte itinérant et de son Prophète.
Les nomades prêchent leur religion au détriment de la Grande Déesse adorée par les Kyréniens. Leur foi est profonde, leur progression, inexorable. Dans la cité mère, où les puissants du Temple s’entredévorent, une guerre ouverte va éclater. Les fanatismes et les ambitions vont s’aiguiser. Et la hache de Leth va de nouveau tremper dans le sang…


Mon avis : 

Le premier tome d’Aeternia nous présente Leth Marek, qui est le plus grand gladiateur de Morgoth, jusque-là invaincu. Au début de l’ouvrage, nous assistons à son dernier combat, duquel il sort vainqueur, et alors qu’on lui propose de continuer, il refuse, car souhaite désormais s’occuper de ses deux fils. Il va les emmener à Kyrenia, une ville très importante au sein de laquelle ils pourront se former et avoir ainsi les meilleurs atouts en mains pour leur vie d’adulte. Jusqu’ici, les deux enfants étaient avec leur mère, et c’est désormais Leith qui va en avoir la charge. Au début de leur voyage, qui va durer un certain temps, les relations entre ce père et sa descendance sont assez tendues, car ils ne se connaissent pas vraiment, et les enfants sont loin d’être ravis d’avoir quitté leur logis, leurs amis et leurs habitudes. De plus, Leth est un personnage assez dur et renfrogné au premier abord. Petit à petit, il va briser sa carapace, et une certaine complicité commence à voir le jour. Mais un jour, alors que Leth vient en aide à Nessirya, une femme victime de la cruauté d’hommes qui se font appeler les Rédempteurs, un drame va se produire en son absence. Désormais, il n’a plus qu’une idée : prendre les armes et se venger.

J’ai beaucoup aimé Leth, le personnage principal, car ce gladiateur semble au premier abord très bourru, mais on se rend compte que c’est avant tout un homme qui a été blessé. Au cours de son périple, il va faire la rencontre de Desmeon — sans doute mon protagoniste préféré — qui est un mercenaire. Il va combattre aux côtés de Leth. Il est un plus léger, et est amusant de par son comportement, mais aussi à travers les propos qu’il peut tenir. Il va s’attacher au chien qui appartenait à l’un des fils de Leth, et ils vont former un duo étonnant qui nous fera rire plus d’une fois. Enfin, il y a Nessyria, une jeune prêtresse dont on fait la connaissance assez rapidement — puisque Leth la sauve des griffes des Rédempteurs — et que l’on retrouve par la suite. Leth et elle vont s’attacher l’un à l’autre, mais du fait de son statut, Nessyria ne peut pas avoir de relation amoureuse, car elle doit se vouer à la religion. Nous allons également faire la connaissance de Varian, un jeune homme qui souhaite devenir prêtre, et qui se rend à Kyrenia et espère parvenir à gravir rapidement les marches pour atteindre un grade assez important.

L’intrigue de « La marche du prophète » se déroule sous fond de guerre de religion, car deux cultes s’affrontent : celui d’Ochin et celui de la Grande Déesse. La problématique de la religion est mise en avant, et on voit que les hommes sont prêts à tout faire au nom du Dieu auquel ils prétendent croire. Ils vont tuer, massacrer… Il est également question de vengeance, de clans qui s’opposent. Il y a des personnages différents et travaillés, qui sont loin d’être manichéens, ce qui leur apporte un certain relief, et l’auteur leur a accordé un soin tout particulier. Il y a de l’humour, de l’action, on tremble, on espère…

Gabriel Katz met en place tout un univers captivant, qu’il dépeint à merveille. Il y a pas mal de personnages, mais l’on parvient à suivre sans difficulté. C’est très bien écrit, très rythmé. Il alterne les dialogues, scènes d’action et descriptions. Les chapitres sont relativement courts, ce qui donne constamment au lecteur envie de poursuivre un peu plus le roman, d’autant plus que le suspense est très présent dans Aeternia. Gabriel Katz capte notre attention et la maintient sans cesse. Quant à la fin… quelle fin ! Elle est inattendue, aussi géniale que cruelle, et on n’a qu’une envie : se plonger dans le tome 2 (ce que j’ai immédiatement fait une fois le premier opus refermé).

« La marche du prophète » est donc un excellent roman. Je ne suis pas une grande lectrice de fantasy, mais je suis entrée dans ce monde sans difficulté. C’est bien pensé, bien décrit. Gabriel Katz a une imagination débordante que l’on ne peut que saluer, et je recommande vivement ce roman. Avec Aeternia tome 1, j’ai frôlé le coup de cœur !

mardi 13 juin 2017

La Tour, Cécile Duquenne

157 p., Voy'[el], novembre 2015


Quatrième de couverture :

Jessica, 16 ans, se réveille dans un marécage artificiel aux dangers bien réels. Très vite, elle comprend qu’elle se trouve au sous-sol d’une étrange tour sans fenêtres, et que le seul moyen d’en sortir est de monter jusqu’au toit. Accompagnée de quelques autres jeunes, elle se lance dans l’ascension de sa vie, explorant chaque niveau, affrontant les dangers embusqués… Et les révélations. Car Jessica n’a plus aucun souvenir d’avant son arrivée ici. Ils lui reviennent par bribes, étage après étage, et plus elle en apprend, moins elle désire sortir — surtout que son pire ennemi se trouve à l’intérieur avec elle. Bientôt, l’envie de se venger prend le pas sur l’envie de s’échapper… 
Et si en exhumant les secrets de son passé, Jessica levait aussi le voile sur la véritable fonction de La Tour ?


Mon avis :

La Tour est un court roman de science-fiction rédigé sous forme de huis clos par Cécile Duquenne. Au début, on fait la connaissance d’une jeune fille qui n’a plus aucun souvenir de qui elle est ni d’où elle vient. Elle se réveille au milieu de marécages où il y a de l’eau croupie, mais surtout des crocodiles. Peu à peu, elle va se remémorer son prénom et son âge (Jessica, seize ans), et des bribes de souvenirs vont lui revenir au fur et à mesure de la narration. Elle va s’apercevoir qu’elle n’est pas seule dans cette tour, mais entourée de plusieurs autres personnes entre seize ans et une petite trentaine d’années environ. Pour survivre, ils vont devoir s’échapper de cet endroit qui les retient prisonniers et dirigé par une entité inconnue, mais ils ne vont pas tarder à s’apercevoir que tous ignorent qui ils sont, pourquoi ils sont là, quel est ce lieu absolument étrange et lugubre d’où aucune issue ne semble possible. Ils craignent de mourir de faim et de soif, et deux groupes vont se dessiner. Avec deux autres garçons, Jessica, qui est un peu plus intrépide, va essayer de grimper pour sortir de là. Tout au long du roman, nous allons suivre leur progression, les différentes créatures qu’ils vont rencontrer au sein de cette tour excessivement grande.

Lorsque Jessica retrouve la mémoire et que l’on en sait davantage sur elle, on s’aperçoit qu’il y a une certaine ambivalence autour de cette jeune femme. En effet, elle ne paraît pas foncièrement mauvaise, mais elle a commis des actes répréhensibles. On découvre les raisons de sa présence dans cette tour – et, par conséquent, les grandes lignes du pourquoi les autres personnages sont eux aussi enfermés, et nous allons nous intéresser plus particulièrement à un certain Melvin. On s’attache ainsi à Jessica, tout en gardant une forme de réserve vis-à-vis d’elle.

Nous frissonnons avec les hommes et femmes mis en scène, nous avons toujours envie d’en savoir plus, de découvrir si Jessica va réussir à s’échapper de cet endroit, si elle va parvenir à mener à bien le second objectif qu’elle se fixe dans la seconde partie du roman, à partir du moment où elle recouvre réellement la mémoire. Il y a beaucoup d’action, l’histoire est très haletante et des petits éléments sont disséminés tout au long de l’intrigue, qui relancent l’intérêt du lecteur, telles certaines révélations sur les personnages présents. Cécile Duquenne parvient à nous présenter tout un univers et différents protagonistes dans un récit assez court et très bien ficelé. J’ai par conséquent beaucoup apprécié cet ouvrage.

Des questions un peu plus profondes sont posées autour de ce qui a trait à la justice : comment les choses sont-elles jugées ? Pourquoi un acte peut-il se voir sous deux façons différentes ? Le concept de jugement a donc une part importante dans ce récit, et l’auteure nous amène à nous questionner sur ce thème.

jeudi 8 juin 2017

Three River Ranch, tome 1 : "À l'aube des jours heureux", Roxanne Snopek

336 p., Milady, juillet 2014

Quatrième de couverture :

Depuis la mort de son père, Carson est revenu s’installer dans le ranch familial pour y élever des mustangs. Un beau jour, Aurora débarque chez lui avec ses valises. Pourtant, le ranch n’est pas à louer. Le cowboy découvre alors que son défunt père a pris quelques dispositions pour le réconcilier avec les femmes… Une espèce que Carson évite soigneusement depuis que la dernière en date lui a brisé le cœur. Qui dit que ces deux solitaires ne vont pas former une belle équipe ?


Mon avis : 

Dans « À l’aube des jours heureux », premier tome de la saga Three River Ranch, nous faisons la connaissance d’Aurore, qui sera surnommée Rory tout au long de l’ouvrage. Celle-ci s’est fait plaquer par son fiancé alors qu’elle est enceinte. Elle décide donc de prendre le large, et a trouvé un ranch à louer qui semble parfait pour cela. Elle y part avec sa chienne, Rafale, qui attend une portée. Cette dernière est un animal spécial, puisqu’elle appartient à une race créée par l’homme pour aider les enfants autistes au quotidien, et Rory a pour objectif de développer cette race. Elle pensait être tranquille dans ce ranch, mais quelle n’est pas sa surprise quand elle découvre qu’elle va devoir partager son logis avec un dénommé Carson, qui en est le futur propriétaire ! En effet, cette demeure ne lui appartient pas encore alors qu’il en aurait pourtant bien besoin, car il a pour projet de venir en aide à une race de chevaux de moins en moins nombreux — les mustangs — en leur créant un centre d’études dédié. Il possède d’ailleurs quelques-uns de ces chevaux sauvages. Pour devenir propriétaire de ce ranch, il va devoir répondre aux dernières volontés de son père décédé, soit trouver une épouse. La relation entre nos deux principaux protagonistes est tout d’abord un peu tendue, puis ils apprennent à se connaître.

Nous sommes en présence d’une romance légère, et le lecteur peut facilement deviner ce qu’il va se passer dans la suite de l’intrigue. Mais cela ne pose aucun problème ! Roxanne Snopek nous offre ici un bon moment d’évasion, en compagnie de ce cowboy quelque peu rustre au premier abord, mais dont Rory parviendra à percer la carapace. Quant à Rory, elle est très déçue par la gent masculine à cause de la tournure qu’a pris sa précédente relation, mais Carson va peut-être finir par la réconcilier avec. Ils ont tous les deux leurs passés, leurs failles et leurs faiblesses. Certains moments du récit sont très touchants, comme lorsque Rory évoque Lesley, sa petite sœur. Pourtant, Three River Ranch n’est pas dénué d’humour, et il m’est arrivé de sourire à plusieurs reprises.

Les animaux ont également une place importante dans ce récit. Rafale, la chienne de Rory, mais aussi Tornade, la jument de Carson, joueront un rôle déterminant dans leur relation. Toutes les deux attendent d’ailleurs des petits, et elles aideront à leur manière Rory à appréhender sous un autre angle la maternité. Amies et confidentes, on prend ici bien conscience de la place que les animaux peuvent avoir dans une vie, et à quel point ils peuvent être essentiels.

C’est donc une romance agréable, qui se lit toute seule. On tourne les pages presque sans s’en rendre compte, portés par le récit. Il n’y a pas des rebondissements incroyables, mais c’est vraiment une belle histoire. Les personnages secondaires qui gravitent autour de nos deux héros sont aussi plutôt chouettes. J’ai donc passé un bon moment avec cette œuvre, et je ne regrette pas cet achat.

vendredi 2 juin 2017

L'Assassin qu'elle mérite (4 tomes), Lupano & Corboz

56 p. (chaque tome), Vents d'Ouest, septembres 2010 (tome 1), mai 2012 (tome 2), mai 2014 (tome 3), octobre 2016 (tome 4)

Quatrième de couverture :

Vienne, 1900. Deux riches noceurs, désabusés et cyniques, portent un regard impitoyable sur ce milieu artistique viennois de la Sécession qui prétend révolutionner l'Art. Un soir d'ivresse, ils font le pari de transformer un jeune homme pauvre en ennemi de la société, de le façonner à leur guise, comme une oeuvre d'art vivante. Ils choisissent le jeune Victor qui passait par là. À leurs côtés, le jeune homme va découvrir des plaisirs insoupçonnés derrière les murs de la plus prestigieuse maison close de Vienne. Un monde de volupté et de raffinement s'ouvre à lui. Un monde dans lequel il y a la merveilleuse Mathilde. Un monde qui n'est pas le sien. Quel sera le prix à payer pour que le rêve se poursuive ?... 


Mon avis : 

L’Assassin qu’elle mérite est une bande dessinée en quatre tomes qui se déroule à Vienne au début du vingtième siècle. Nous y faisons la connaissance de deux hommes très riches, Klément et Alec, qui font le pari de choisir un être humain pour le façonner et changer sa perception du monde et des choses afin d’en faire leur œuvre d’art. Ils vont jeter leur dévolu sur Victor, qui vient d’un milieu relativement pauvre et pour qui la vie à la maison n’est pas facile, où il est souvent rossé par son père. Pour ce faire, ils vont lui donner de l’argent — une sorte de crédit illimité — et il va prendre connaissance des différents aspects de la vie auxquels il n’avait pas accès : il va pouvoir manger à sa faim, être élégant, et découvrir les relations avec l’autre sexe, puisqu’ils vont lui permettre d’aller dans une maison close. Victor va y faire la connaissance de Mathilde, et il ne va pas tarder à tomber sous le charme de cette dernière. Du jour au lendemain, ils vont lui couper les vivres en espérant qu’il se rebelle contre la société suite à ses diverses frustrations. Au fur et à mesure de ces quatre ouvrages, nous allons suivre l’évolution de Victor, mais aussi celle de Klément et d’Alec, qui vont être toutes les trois intéressantes.

Même si, bien évidemment, Victor va par certains aspects devenir un être quelque peu malfaisant, on va ressentir beaucoup d’empathie pour lui, et l’on espère qu’il se sortira de tout cela. Il est encore un jeune adulte, dont il sera facile de monter la tête, et il fera des choses sans forcément se rendre compte des tenants et aboutissants. Le premier tome est accentué sur la découverte de la richesse, le deuxième sur la déchéance de notre héros, et les deux derniers sur les diverses façons dont il va rebondir. Il va d’ailleurs désirer se venger d’Alec qui a voulu faire de lui son pion.

Les dessins sont absolument magnifiques, colorés, les visages sont très expressifs, on a vraiment l’impression d’y être. Le scénariste n’a pas non plus été avare en bulles, puisque cette œuvre graphique nous offre pas mal de texte, sans qu’il y en ait trop : c’est savamment dosé et très beau. L’histoire est réellement très bien ficelée. Nous allons notamment découvrir Vienne, mais aussi Paris, avec l’Exposition universelle qui marqua fortement la capitale au début du vingtième siècle.

C’est donc pour ma part un énorme coup de cœur pour l’ensemble de cette saga, dont les tomes sont tous aussi bien les uns que les autres, tant sur le fond que sur la forme, pour la narration, le suspense, les histoires d’amour, les personnages mis en scène et leur complexité — car finalement, aucun n’est à cent pour cent mauvais ; ce sont les aléas de la vie qui les ont rendus tels qu’ils sont. La qualité est constante, et Lupano et Corboz nous posent à travers L’Assassin qu’elle mérite des questionnements intelligents sur les notions d’art, d’humanité, et leur complexité.