lundi 14 août 2017

Victor Hugo vient de mourir, Judith Perrignon

168 p., Pocket, janvier 2017


Quatrième de couverture :

Le poète vient de rendre son dernier souffle et, déjà, la nouvelle court les rues, entre dans les boutiques, les ateliers, les bureaux. Paris est pris de fièvre. Chacun veut rendre un dernier hommage et participer aux obsèques nationales qui mèneront l’Immortel au Panthéon. Deux millions de personnes se presseront sur le parcours du corbillard en ce jour de funérailles intense et inoubliable. D’un événement historique et en tout point exceptionnel naît un texte intime et épique où tout est vrai, tout est roman.


Mon avis :

Avec l’ouvrage Victor Hugo vient de mourir, Judith Perrignon s’intéresse aux derniers instants de ce célèbre auteur du XIXe siècle. Nous assistons à son agonie, à son décès et à ses funérailles. Lorsqu’il tombe gravement malade, ses jours sont comptés, et tout Paris va être suspendu aux nouvelles qui vont être relayées par les journaux, et cela jusqu’à ce qu’il rende son ultime souffle. Il s’éteint à l’âge honorable de quatre-vingt-trois ans, et il faut savoir qu’il a enterré trois de ses quatre enfants, et qu’Adèle, sa fille toujours en vie, est placée dans un institut spécialisé, car elle a perdu la raison. Sont donc présents à son chevet ses deux petits-enfants, Jeanne et Georges (les enfants de son fils Charles) et leur mère, Alice, son ancienne belle-fille, qui s’est remariée avec Édouard Lockroy. Ce dernier va avoir beaucoup d’importance dans ce récit, puisqu’à cause de son statut de ministre, il va être pris à parti de toutes parts par les personnes qui veulent assister à l’inhumation de Victor Hugo. 

Le décès de ce grand homme va soulever plusieurs interrogations : sera-t-il enterré au Père-Lachaise, ou au Panthéon ? Qui sera autorisé à y aller ? Car si Victor Hugo peut être considéré comme appartenant à la bourgeoisie, il s’intéresse également aux petites gens, comme le démontre son œuvre Les Misérables. Nous allons aussi découvrir les réactions de ses amis proches. Nous nous rendons compte que la mort de cette figure éminemment célèbre va entraîner de nombreuses questions d’ordre politique ou religieux, puisque Victor Hugo refuse l’extrême onction, ce qui est une vraie déconvenue pour l’Église. Or, les religieux souhaiteraient convaincre Lockroy, qui gère l’organisation de la cérémonie, pour que l’homme soit béni avant d’être enterré. Par ailleurs, faut-il laisser le peuple assister aux funérailles ? N’y aurait-il pas des risques d’émeutes ? Mais comment cela serait-il perçu de le leur interdire ? Cette mort aura donc une portée éminemment politique et sociologique. À travers divers souvenirs de ses proches, on va découvrir la personne qu’il était, à la fois romancier, poète, homme de théâtre, mais aussi un politicien et quelqu’un de très engagé dans la vie de son pays. Son décès va ainsi secouer la France, et tout particulièrement Paris, puisque deux millions d’individus assisteront à ses funérailles. 

Nous sommes ici en présence d’un ouvrage documenté, pour lequel Judith Perrignon a fait énormément de recherches. Cela nous est relaté avec distance, un regard extérieur, presque journalistique. Elle nous narre les faits, nous informe, mais ne prend pas position et on ne ressent aucune empathie pour les différents personnages, elle essaie, à mon sens, de rester la plus neutre possible. Elle nous démontre que Victor Hugo s’intéressait énormément au peuple, et cela m’a donné très envie de me plonger dans Les Misérables, ouvrage que je n’ai pas encore lu. Elle nous montre que chacun tente de tirer parti de cette cérémonie, à laquelle il faut assister. Nous irons de la chambre de Victor Hugo, qui habite dans une rue qui lui est éponyme, où il rendra son dernier soupir. Nous découvrirons certains journaux, qui font des petites brèves pour donner des nouvelles de l’état de l’auteur, qu’il s’agisse de L’Ami du peuple ou du Cri du peuple. Nous rencontrerons divers hommes politiques et apprendrons comment ces funérailles vont être gérées par la police. Nous avons donc différentes approches de ce même événement, ce que j’ai trouvé très intéressant. 

À la lecture de cet ouvrage, nous pouvons nous douter que Judith Perrignon est érudite, et elle rend son savoir accessible à tous. Elle maîtrise parfaitement son sujet. Ce texte d’un peu plus de cent soixante pages est très dense, il contient très peu de dialogues on y apprend énormément de choses. L’écriture est journalistique, mais avec néanmoins des passages empreints de poésie. Nous trouvons aussi quelques citations, qui apportent du crédit aux propos de l’auteure. C’est, à mon sens, un livre à lire, car il nous permet de prendre connaissance d’un épisode qui a marqué le Paris de la fin du XIXe siècle, et qui nous renseigne sur une page de notre histoire.

mercredi 9 août 2017

Le Voyage extraordinaire, cycle 1 : "Le trophée Jules Verne", Denis-Pierre Filippi & Silvio Camboni

48 p., avril 2012 (tome 1), 48 p., mars 2013 (tome 2), 56 p., avril 2014 (tome 3), Vents d’Ouest


Quatrième de couverture :

Grande-Bretagne, 1927.
Cousins issus d’une fiche famille, Noémie et Émilien ont passé presque toute leur enfance dans un pensionnat loin de leurs parents ! Ils se sont finalement habitués à cette vie indépendante, loin des fracas de la guerre. Enfants géniaux, ils se sont créé leur monde à eux dans leur arbre-cabane, leur refuge, où ils expérimentent toutes sortes d’inventions. Quelle n’est pas leur surprise, le jour où les parents baroudeurs de Noémie, de retour au manoir familial, envoient un domestique les chercher ! Leur sentiment est partagé car le lieu est envoûtant. Il y a bien toutes ces pièces remplies des créations du père d’Émilien, mais ce dernier reste mystérieusement introuvable ! Cette disparition aurait-elle un lien avec la machine qu’il était en train de créer pour le concours Jules Verne ? Ou cela a-t-il un rapport avec cette étrange troisième force et ses incroyables robots qui viennent semer le trouble sur les champs de bataille ? 


Mon avis : 

Le Voyage extraordinaire est un ensemble de bandes dessinées découpé en plusieurs cycles, et nous sommes ici en présence du cycle 1, en trois tomes « Le Trophée Jules Verne ». Dans ce cycle, qui se déroule en Grande-Bretagne à la fin des années 1920, nous faisons la connaissance de Noémie et d’Émilien, qui sont cousins et qui ont tous les deux toujours vécu plus ou moins loin de leurs parents. Ils adorent tout ce qui a trait aux sciences et se sont construit une sorte de cabane dans un arbre, au sein du pensionnat auquel ils ont été confiés, et ils essayent par exemple de perfectionner l’ascenseur qu’ils ont mis au point. Ils vont être tous les deux surpris quand le père et la mère de Noémie sont de retour de leur déplacement et viennent les chercher pour qu’ils aillent tous ensemble dans leur manoir familial. Ils vont y trouver une pièce assez atypique, qui n’est autre que le laboratoire d’Alexander, le père d’Émilien, un brillant chercheur, dans laquelle ils feront diverses découvertes. Ils vont également apprendre qu’ils auront désormais une préceptrice en la personne d’Amélia. Celle-ci va leur expliquer qu’Alexander a disparu, probablement enlevé par rapport au trophée Jules Verne — un concours pour construire un engin qui serait capable de se mouvoir sur terre, dans les airs et en milieu aquatique. La seule solution qui leur semble envisageable est de participer eux aussi à ce concours. Mais cela ne sera pas sans risque, entre l’émergence des robots, la guerre avec le troisième axe qui menace, les différentes personnes qui vont concourir, sans oublier ceux qui vont tout faire pour qu’on ne retrouve pas Alexander. Nous embarquons donc pour une aventure riche en retournements et en péripéties.

J’ai beaucoup apprécié la galerie des protagonistes présents dans ce récit. Émilien et Noémie sont deux personnages très indépendants, et on voit que même s’ils n’ont pas vraiment de parents pour s’occuper d’eux du fait de leur absentéisme marqué, ils vont à eux deux former « une famille », car ils peuvent compter l’un sur l’autre. Nous rencontrerons aussi bien des opposants que des adjuvants à nos deux héros, mais étagement des personnages que l’on pensait bons dans un premier temps et que ne le sont pas vraiment, et inversement. Nous sommes donc loin d’être en présence d’un ouvrage manichéen. Émilien et Noémie vont ainsi partir à l’aventure en compagnie d’Amélia, qui connaissait le père d’Émilien, sans oublier de Térence, qui est l’ancien assistant de ce brillant chercheur, ou encore Winfrey. Tous les cinq vont rivaliser d’ingéniosité.

L’auteur et le scénariste ont mis en place tout un monde avec des robots qui est vraiment très bien exploité. L’histoire va nous amener de Londres à New York, en faisant une halte par Paris. Il se passe énormément de choses au cours de ces planches. On visite de nombreux lieux, on échafaude plusieurs hypothèses… Les dessins sont somptueux, très colorés. Tout l’univers créé est très bien ficelé. Quelques touches d’humour sont également présentes. Il y a donc tous les ingrédients qui en font un ouvrage très réussi, et il me tarde que le dernier tome du Cycle 2 paraisse pour que je puisse dévorer cette nouvelle histoire. De plus, je m’interroge quant à ce que le scénariste va bien pouvoir inventer pour nos héros !

vendredi 4 août 2017

L'Adoption, Zidrou & Arno Monin

72 p. (chaque tome), mai 2016 (tome 1), mai 2017 (tome 2), Grand Angle


Quatrième de couverture :

Lorsque Qinaya, une orpheline péruvienne de 4 ans, est adoptée par une famille française, c’est la vie de tous qui est chamboulée. Mais pour Gabriel, ce sera encore plus compliqué : il lui faudra apprendre à devenir grand-père, lui qui n’a jamais pris le temps d’être père. Des premiers contacts un rien distants aux moments partagés, Gabriel et Qinaya vont peu à peu nouer des liens que même le vieux bourru était loin d’imaginer.


Mon avis :
 
L’Adoption est une bande dessinée en deux tomes. Dans le premier opus, nous faisons la connaissance de Gabriel qui a deux enfants, un fils et une fille. Son fils, dont l’âge avoisine la cinquantaine, n’est toujours pas père puisqu’avec son épouse, ils ne parviennent pas à concevoir. Suite à un tremblement de terre au Pérou, ils décident de se rendre là-bas pour adopter une petite fille et l’accueillir au sein de leur famille ; il s’agit de Qinaya, qui a quatre ans. Dans un premier temps, Gabriel, qui est donc le grand-père adoptif de Qinaya, n’est pas très favorable à cette adoption, pensant que son fils est peut-être un peu trop vieux pour être un jeune papa. Arrivent les ponts du 1er puis du 8 mai, et le fils de Gabriel va demander à ce dernier et à son épouse, qui va être surnommée Mamie Rysette de s’occuper de Qinaya. Puis ce sera sur la période du mois du juillet qu’ils auront la garde de leur petite-fille. Petit à petit, un profond attachement va se créer entre cette enfant qui a perdu ses parents biologiques dans des circonstances abominables et qui a été arrachée à son pays, et cet homme un peu bourru au premier abord, mais qui va devenir un papy au cœur tendre. Mais un dramatique événement va se passer à la fin de ce premier tome, qui va aboutir au second.

J’ai absolument adoré ce premier opus, que j’ai trouvé très beau et très poétique. J’ai apprécié les dessins et la façon dont le scénariste a abordé ce thème assez difficile. Il n’hésite pas à nous montrer que les gens peuvent avoir de profondes réticences par rapport à la question de l’adoption, mais que leur point de vue peut changer et que rien n’est immuable face au sourire d’un enfant. La relation qui va se tisser entre Qinaya et Gabriel, qu’elle surnomme « achachi », ce qui signifie « grand-père » en français est très émouvante, surtout dans son évolution. J’ai trouvé les planches magnifiques, ainsi que l’univers mis en place. Tout cela est très beau, aussi bien concernant les graphismes de l’œuvre que son contenu. Les textes sont d’ailleurs très travaillés, poétiques, mais parfois drôles. C’est pour ma part un sans-faute. On referme ce premier tome avec beaucoup de questions, la fin étant clairement ouverte.

Le second volume prend place dix-huit mois plus tard et va se dérouler, pour la majorité de la bande dessinée, au Pérou. L’approche est tout autre, et même si c’était très bien, j’ai préféré le premier opus, puisque dans le second, la relation entre Qinaya et Gabriel est tout à fait différente. Ce dernier va subir différentes prises de conscience, notamment d’événements qu’il a pu manquer avec ses enfants. Il va se poser beaucoup de questions sur ses liens avec ses enfants, car boucher de métier, il avait peu de temps pour sa famille. Et s’il a voulu — peut-être sans s’en rendre compte — se rattraper avec Qinaya, il va s’apercevoir que même adultes, les enfants ont besoin de leurs parents. Ce livre est donc plus sombre, la famille étant éclatée. Cependant, il m’a moins touchée en tant que lectrice, malgré un sacré coup de crayon et une très belle plume, mais il m’a moins émue, sans doute parce que je m’attendais à autre chose. J’aurais aimé que la relation entre Qinaya et son grand-père adoptif soit plus approfondie, et il me semble que la conclusion aurait pu être un peu plus poussée. 

Pour ces raisons, ce diptyque ne fut pas un coup de cœur, mais il s’agit néanmoins d’une excellente lecture.

lundi 31 juillet 2017

Bilan du mois de juillet 2017

En ce mois de juillet, j’ai lu cinq livres. Commençons par mon presque coup de cœur :

http://chroniques-dune-lectrice.blogspot.com/2017/07/tu-comprendras-quand-tu-seras-plus.html

 J’ai passé un excellent moment avec cet ouvrage chick-lit :

http://chroniques-dune-lectrice.blogspot.com/2017/07/un-doux-pardon-lori-nelson-spielman.html

J’ai été émue par ces deux ouvrages, et le second a été un coup de cœur :

http://chroniques-dune-lectrice.blogspot.com/2017/07/a-la-place-du-cur-saison-1-arnaud.html         http://chroniques-dune-lectrice.blogspot.com/2017/07/a-la-place-du-cur-saison-2-arnaud.html

Et j’attendais un peu plus de ce roman dystopique, même s’il m’a fait passer un bon moment :

http://chroniques-dune-lectrice.blogspot.com/2017/07/the-book-of-ivy-amy-engel.html

dimanche 30 juillet 2017

À la place du cœur, saison 2, Arnaud Cathrine

306 p., Robert Laffont, mars 2017

Quatrième de couverture :

La fin de l’année 2015 arrive à grands pas. Je me suis souvent demandé ces derniers mois : j’ai quoi à la place du cœur ? À la place du cœur, j’ai toi.


Mon avis :

Attention, si vous n’avez pas lu le premier tome de ce diptyque, la chronique ci-dessous vous en dévoile des éléments.

Dans la saison 2 d’À la place du cœur, nous retrouvons Caumes, qui a bien du mal à faire face aux événements qui sont advenus au mois de janvier, puisque son ami Hakim est décédé sous les coups de ses harceleurs. Caumes n’arrive pas à surmonter cette épreuve, car il ressent beaucoup de haine, mais aussi de culpabilité. Nous allons donc découvrir comment il va appréhender tout cela, comment il va apprendre à gérer tout cela, quels seront ses choix, que va devenir sa relation avec Esther, sa petite amie, quels seront ses projets pour la rentrée — puisque 2015 est l’année de son Baccalauréat, etc.

Le livre est découpé en trois parties. La première est racontée par Niels, le cousin de Caumes, et on s’intéresse ici à leur été. Esther prend ensuite la parole, et va nous relater les faits à partir de la marche républicaine qui avait eu lieu après les attentats de Charlie Hebdo et de l’hyper casher de Vincennes, et c’est d’ailleurs lors de cet événement qu’ils avaient tous appris le décès de Hakim suite aux coups de ses bourreaux. Son intervention s’arrêtera un peu après la rentrée scolaire. Enfin, Caumes reprend la plume, et nous allons découvrir ce qu’il est devenu, surtout à partir du mois de septembre, le récit trouvant sa conclusion peu après les attentats de novembre au Bataclan. Ces trois points de vue très bien faits et originaux nous offrent ainsi trois versions différentes, mais complémentaires. 

Nous assistons à la descente aux enfers de Caumes, qui se replie sur lui-même. Son cousin ne le reconnaît plus, Esther ne parvient plus à discuter avec lui et a le sentiment que leur amour est mort en même temps que Hakim, mais qu’une partie de celui qui était son petit ami a également disparu. C’est donc un récit très poignant, qui nous embarque et que l’on dévore. Il est très difficile de le reposer, car on veut savoir la suite et connaître les pensées de Caumes.

Au début, Niels n’est pas au courant de ce qu’il s’est passé et il va être très choqué de retrouver son cousin dans cet état : très renfermé sur lui-même, il ne parle pas, ne sort pas, puis il va tout d’un coup commencer à brûler la vie par les deux bouts, entrant dans un processus autodestructeur. Esther, impuissante, souffre énormément de cette situation, car elle l'aime sincèrement et espère le retrouver. Elle voudrait l’aider, mais elle se rend compte qu’il a dressé un mur infranchissable entre eux. Elle qui avait d’ailleurs prévu de poursuivre ses études à Tours décide de revoir ses plans et de partir à Paris en apprenant que Caumes sera dans la capitale à compter du mois de septembre. Elle y est hébergée par son frère, qui essaiera de l’aider à oublier ce garçon, mais Caumes reste présent à chacun de ses pas et à chacune de ses pensées. Et il y a Caumes, qui sèche les cours, qui s’autodétruit… Il a fait une tentative de suicide en début d’année et s’est retrouvé dans un établissement spécialisé. Il se laisse plonger dans son mal-être, et on a l’impression que personne ne peut l’aider, à part peut-être lui-même, car il vit alors plus avec son ami mort qu’avec les vivants.

C’est vraiment un ouvrage très poignant. Arnaud Cathrine a une écriture rythmée, incisive et percutante qui ne peut laisser le lecteur de marbre. Il y a plein de phrases que l’on pourrait noter dans un carnet de citations. L’auteur nous pousse à nous interroger sur comment avancer dans cette vie qui est parfois injuste et fait de nous des victimes, mais qui est aussi une chance inestimable quels que soient les obstacles qui se dressent sur notre chemin. C’est un livre qui m’a bouleversée, et le fait qu’il s’achève sur les attentats de novembre à Paris est une expérience de lectrice éprouvante. J’ai ressenti beaucoup d’empathie pour Esther, et j’ai adoré son personnage. J’en ai également eu pour Caumes, car Arnaud Cathrine parvient à ce que le mal-être de Caumes suinte à travers les pages de son roman. C’est dur, le sujet est difficile, et néanmoins très beau. Autant le côté « adolescent travaillé par ses hormones » m’avait un peu agacée dans le premier tome, autant cela disparaît presque totalement. J’ai donc eu un coup de cœur pour ce livre, et je manque de mots pour en parler. La seule chose que j’ai envie de vous dire est : lisez-le et découvrez-le par vous-mêmes, car c’est vraiment une expérience enrichissante.

lundi 24 juillet 2017

The Book of Ivy, Amy Engel

304 p., Pocket jeunesse, novembre 2016

Quatrième de couverture :

Je m’appelle Ivy Westfall, et je n’ai qu’une seule mission : tuer le garçon qu’on me destine, Bishop, le fils du président. Je me prépare pour ce moment depuis toujours. Peu importent mes sentiments, mes désirs, mes doutes, car les espoirs de toute une communauté reposent sur moi. Le temps de la rébellion approche…


Mon avis :
Suite à une guerre nucléaire, le monde a été décimé, et plusieurs milliers d’habitants se sont regroupés dans une ville, où ils se sont organisés. Deux familles sont opposées : les Westfall (la famille d’Ivy) et les Lattimer (celle de Bishop). Le grand-père d’Ivy était le fondateur de la communauté, mais c’est aujourd’hui le père de Bishop qui en est le président. La vie a été aménagée suite aux événements : ils vivent en autarcie dans une ville qui est fermée à ceux de l’extérieur, et connaissent diverses privations, comme un rationnement électrique ou de nourriture, et l’argent n’existe plus. Cette communauté a des particularités, dont les mariages arrangés entre les habitants des deux parties de la ville qui ont lieu entre seize et dix-huit ans, et qui sont garants de la paix et de la cohésion de la nation. Ivy Westfall se voit promise à Bishop Lattimer. Ivy a été élevée par sa sœur et son père, qui lui ont confié une mission : éliminer Bishop, car ils ont eux-mêmes un plan, et si Ivy parvient à ses fins, ils pourront reprendre le pouvoir.

L’ouvrage commence juste avant la cérémonie, et Ivy, qui se retrouve mariée à Bishop, emménage dans ce qui sera désormais leur maison. Elle s’attend à partager son quotidien avec quelqu’un de hautain, d’orgueilleux, et qui ne la traitera pas forcément avec respect, pensant que le jeune homme la verra seulement comme celle qui lui permettra d’assurer sa descendance. Elle est donc sur ses gardes, voire désagréable, et elle se retrouve dépourvue face au comportement de son époux, car elle se rend compte qu’elle s’était fait une idée de celui-ci très différente de la réalité. À force de discussions avec lui, elle va apprendre à le connaître, ce qui va remettre beaucoup de choses en question. De plus, elle s’aperçoit que sa famille avait peut-être une perception erronée des faits. Elle devra donc choisir entre trahir les siens, et tuer son mari.

Nous découvrons ce monde à travers les yeux d’Ivy, qui est la narratrice, puis on s’intéresse au point central du roman, qui n’est autre que la relation entre Ivy et Bishop, et la grande question sera de savoir s’ils vont faire ou non ce que leurs familles attendent d’eux. Les Lattimer ont élevé leur fils avec certains projets pour lui, le père d'Ivy a fait de même avec sa fille, et nos jeunes mariés pourront échanger leurs points de vue sur le côté de la ville où ils ont vécu et l’éducation qu’ils ont reçue. 

J’ai trouvé intéressante la façon dont l’auteure traite la relation entre Ivy et sa famille, et la manière dont cela va évoluer. Va-t-elle les suivre aveuglément ? Elle va également apprendre que son père et sa sœur lui ont caché certaines choses, et qu’il y a une sorte de secret de famille autour de la mort de sa mère. Il y a un vrai travail au niveau de la psychologie des personnages, qui ont chacun plusieurs facettes. Certains sont résignés à ce qui leur arrive, même si cela les fait souffrir, alors que d’autres semblent prêts à se battre pour leur liberté de choix. 

Cependant, l’univers en soi n’est pas énormément exploité pour un roman dystopique. J’aurais voulu en savoir davantage, car j’ai eu l’impression que la frontière avec la romance était vraiment mince. Bishop a un côté garçon idéal qui ferait battre le cœur de toutes les filles, mais leur amour paraît impossible du fait de la mission d’Ivy. Le premier tiers de l’ouvrage souffre de quelques longues, et il y a des éléments que l’on voit venir assez rapidement, ce que je déplore. J’aurais souhaité être davantage surprise. Le tout est quelque peu facile, et j’aurais apprécié que les choses soient plus poussées. L’écriture est fluide, mais le schéma narratif est relativement trop simpliste. Même si j’ai passé un bon moment avec The Book of Ivy et qu’il se lit très aisément, je dois reconnaître que j’attendais davantage de ce roman, d’autant que j’avais pu voir des avis dithyrambiques à son propos.